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La City face au Brexit : même pas peur !

On annonçait un big bang, il n'en est rien. Londres compte bien profiter de la sortie de l'UE pour rester incontournable.

Si les arrogantes tours dédiées à l'argent et au pouvoir de la City pouvaient courber le dos et rentrer les épaules, elles feraient profil bas. À l'approche du 29 mars, la première place financière européenne, voire mondiale, ressemble à un cortège funèbre. Chaque semaine, les départs d'opérateurs prennent des proportions de plus en plus inquiétantes.

Le déménagement, le 6 mars, de Londres à Paris de l'Autorité bancaire européenne (ABE), dernier épisode en date, aurait pu inquiéter la City. Il n'en a rien été. « C'est une petite organisation liée à la zone euro, pas connue, dont l'unique mission sont les tests de résistance des banques. S'ils sont soumis à ces critères, au bout du compte, les établissements londoniens sont contrôlés par le régulateur local, la Banque d'Angleterre », souligne un observateur à propos de l'absence de réaction à la perte de quelque 200 emplois au profit de la rivale parisienne. En réalité, le « square mile » est un personnage à deux têtes qu'il ne montre jamais simultanément.

D'un côté, il y a le notable qui exprime publiquement sa frustration devant le blocage parlementaire, les divisions au sein de la majorité, la possibilité d'un divorce sans accord ou l'intransigeance de Bruxelles. En privé toutefois, quel que soit l'interlocuteur à l'ombre de la cathédrale Saint-Paul, le discours est optimiste : Londres saura profiter à bon escient de la nouvelle course étincelante et orgueilleuse au grand large pour garder son leadership, non seulement européen mais global. Le départ du Royaume-Uni de l'Union européenne permettra à la City de décupler ses atouts traditionnels que sont l'avantage des fuseaux horaires, la langue anglaise, le droit coutumier, la souplesse de sa réglementation ainsi que le formidable savoir-faire en ingénierie financière. Le centre financier d'outre-Manche, tout bonnement incontournable, ne perdra pas son attractivité et ses emplois.

Singapour-sur-Tamise ?

La preuve, le « bain de sang », que prédisaient quelques esprits chagrins après le référendum du 23 juin 2016, ne s'est pas produit. Paris ou Francfort, les deux cités financières théoriquement en pole position pour exploiter le départ du Royaume-Uni, sont incapables, de par leur taille réduite et leur tropisme national, de concurrencer la suprématie de Londres, véritable poumon financier de l'Europe. Qu'importe par exemple la perte, provoquée par la sortie du marché unique, du « passeport financier européen » autorisant une institution financière installée dans un pays membre de vendre des produits financiers à travers toute l'UE ! Les combines permettant de court-circuiter l'interdit des 27 foisonnent grâce au savoir-faire de professionnels aux méthodes rodées venus des quatre coins du monde. Enfin, les chemins de l'off shore débridé passeront plus que jamais par Londres qui se tapit au centre d'une toile d'araignée de paradis fiscaux de la Couronne d'où rayonnent toutes les institutions financières dont le nom est synonyme de la quête d'une fiscalité réduite ou nulle.

Reste que cette vision d'un Singapour-sur-Tamise déréglementé aux portes de l'Europe paraît une vue de l'esprit. Le monde politique de Westminster, gauche et droite, n'a nulle envie de bâtir une gigantesque zone off shore voisine de l'UE. La victoire du Leave lors du référendum n'avait-elle pas été, entre autres, provoquée par l'hostilité de l'électorat envers les banquiers tenus responsables de la crise financière de 2008, de la récession et de la politique d'austérité draconienne qui s'ensuivirent ?

Londres a donné une autre garantie significative à Bruxelles : la poursuite de son activisme sein de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), de la Banque des règlements internationaux et du G20 dans la lutte contre l'érosion de la base d'imposition et les transferts de bénéfices. Nous voici rassurés ? En fait, ces promesses post-Brexit sont largement fictives. L'Angleterre tient comme d'habitude un double langage, selon les circonstances.

 Marc Roche Le Point.fr

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